09/03/2026

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La médiation : comprendre le conflit pour mieux le résoudre

Rédigé par Pierre-Alexandre DEGEHET, Partner. Ce premier article s’inscrit dans une série de publications consacrées à la médiation.

Trois idées clés à retenir :
 

  • Le conflit : une réalité à comprendre, non à éviter
    Le conflit est inhérent aux relations, notamment dans la vie des affaires. Il ne constitue pas une anomalie, mais l’expression de divergences d’intérêts, de besoins ou de perceptions. Sa bonne gestion suppose de dépasser les positions apparentes pour en comprendre les ressorts sous-jacents.
     
  • Derrière les positions : intérêts, besoins et rupture du dialogue
    Les situations conflictuelles se cristallisent souvent lorsque les échanges se dégradent et que les positions se figent. Identifier les intérêts et les besoins non satisfaits, et restaurer un espace de communication, constitue un préalable essentiel à toute résolution constructive.
     
  • De la gestion à la résolution : le rôle structurant de la médiation
    Certaines approches, telles que la médiation, permettent de rétablir un dialogue structuré et de replacer les parties au cœur de la résolution de leur différend. En favorisant la compréhension mutuelle, elles constituent un levier de transformation du conflit et ouvrent la voie à des solutions adaptées.

 

  1. LE CONFLIT

« Le conflit n’est pas le problème. Le problème, c’est la manière dont on le gère. » (Friedrich Glasl)

Le conflit fait partie intégrante de la vie, y compris celle des affaires.

Qu’il s’agisse de relations entre associés, de l’exécution d’un contrat, de négociations commerciales ou encore de situations de gouvernance, il est inhérent à toute interaction où se croisent des intérêts, des attentes et des perceptions parfois divergents.

En ce sens, le conflit n’est ni anormal, ni nécessairement pathologique. Il constitue souvent l’expression d’un déséquilibre, d’une incompréhension ou d’une divergence qui mérite d’être traitée. La véritable question n’est donc pas tant celle de son existence, mais bien celle de la manière dont il est appréhendé.

D’un point de vue général, le conflit peut être défini comme une situation d’opposition ou de désaccord entre deux ou plusieurs parties, née d’une divergence d’intérêts, de besoins, de valeurs ou de perceptions. Le Larousse évoque à cet égard « une violente opposition de sentiments, d’opinion, d’intérêts ».

 

  1. DES FORMES MULTIPLES

Le conflit peut revêtir des formes très variées. Il peut être latent ou ouvert, interpersonnel ou collectif, et se manifester dans tous les domaines de la vie sociale : personnel, professionnel, commercial ou institutionnel.

Sa perception, et donc sa qualification même, dépend largement des individus concernés, de leur culture, de leur vécu ou encore de leur manière d’interagir. Ce qui constitue, pour certains, une discussion normale — même vive — pourra être perçu par d’autres comme une situation conflictuelle.

Cette diversité de perceptions invite ainsi à dépasser la seule apparence du conflit et à transcender les positions exprimées, afin d’en comprendre les ressorts, souvent liés aux intérêts et aux besoins des parties.

 

  1. DERRIÈRE LES POSITIONS : INTÉRÊTS ET BESOINS

Derrière les positions exprimées par les parties — souvent formulées en termes juridiques ou revendicatifs — se trouvent en réalité des intérêts et des besoins non satisfaits.

Les besoins relèvent de dimensions plus fondamentales, telles que la sécurité, l’appartenance, la reconnaissance, la stabilité, le maintien d’une relation, l’accomplissement, tandis que les intérêts renvoient à ce que les parties cherchent concrètement à préserver ou à obtenir (enjeux économiques, organisationnels, relationnels ou stratégiques).

Tant que le conflit est abordé au seul niveau des positions, le dialogue tend à se figer dans une logique d’opposition. À l’inverse, l’identification et la compréhension des intérêts et des besoins de chacun permettent de déplacer le débat et d’ouvrir un espace de discussion plus constructif.

Cette compréhension mutuelle constitue le point de bascule du conflit vers la recherche de solutions.

 

  1. LA GESTION DU CONFLIT

La manière dont le conflit est géré joue, à cet égard, un rôle déterminant.

Selon l’approche retenue, un même différend peut évoluer vers une escalade, une cristallisation des positions, ou au contraire vers une résolution constructive. Il en résulte que divers modes d’approche coexistent.

Certains privilégient la recherche d’une solution par le dialogue et la collaboration entre les parties. D’autres s’inscrivent dans une logique plus adversariale, visant à faire trancher le différend et à faire prévaloir une position sur une autre.

D’un point de vue juridique, le conflit prend une dimension particulière lorsqu’il se cristallise autour de l’existence, de l’étendue ou de l’exécution d’un droit ou d’une obligation. Il devient alors un litige, dès lors qu’une partie formule une prétention juridique à l’encontre d’une autre et que celle-ci la conteste.

Selon les circonstances, ces différentes approches ne s’excluent pas, mais peuvent au contraire s’articuler et se compléter dans le cadre de la gestion d’un différend.

 

  1. LA COMMUNICATION AU CŒUR DU CONFLIT

Au-delà de leurs formes et de leurs manifestations, les situations conflictuelles présentent souvent un point commun : une dégradation, voire une rupture du dialogue entre les parties.

Le conflit ne naît pas uniquement d’une divergence d’intérêts ou de besoins, mais également de la manière dont ces divergences sont exprimées, perçues et interprétées. Les incompréhensions s’accumulent, les échanges se tendent, les positions se figent et le dialogue, progressivement, se rompt. Cette rupture de communication constitue un facteur déterminant dans l’escalade du conflit.

À mesure que les parties cessent de s’écouter ou de se comprendre, le différend tend à se cristalliser, rendant plus difficile l’identification des intérêts et les besoins sous-jacents.

À l’inverse, la restauration d’un espace de dialogue constitue souvent un préalable nécessaire à toute tentative de résolution. Dès lors, permettre aux parties de se réécouter, de reformuler leurs positions et de mieux appréhender les attentes de chacun peut contribuer à rétablir une dynamique plus constructive.

 

  1. UNE APPROCHE SPÉCIFIQUE : LA MÉDIATION

Dans ce contexte, certaines approches visent précisément à rétablir les conditions d’un dialogue structuré entre les parties, afin de leur permettre d’explorer, au-delà des positions initiales, les intérêts et les besoins en présence.

La médiation s’inscrit dans cette logique.

À la différence des approches fondées sur la confrontation ou la recherche d’une décision imposée, la médiation ne vise pas à trancher le litige, mais à accompagner les parties dans la recherche d’une solution qu’elles élaborent elles-mêmes, en tenant compte de leurs intérêts et besoins respectifs.

Elle offre ainsi un cadre permettant de restaurer le dialogue, de dépasser les blocages liés aux positions et d’explorer des solutions adaptées à la situation concrète des parties.

 

  1. LA RÉAPPROPRIATION DU CONFLIT PAR LES PARTIES

Au-delà des modalités de gestion du conflit, une évolution importante réside dans la capacité des parties à se réapproprier leur différend. En effet, dans de nombreuses situations, le conflit échappe progressivement à ceux qui en sont à l’origine. Les positions se figent, les échanges se dégradent et la résolution du différend est alors perçue comme devant nécessairement être confiée à un tiers.

Or, certaines approches permettent précisément aux parties de redevenir actrices de la résolution de leur conflit. En recentrant les échanges sur les intérêts et les besoins, et en rétablissant un dialogue structuré, elles offrent la possibilité de construire des solutions adaptées à la réalité de la situation.

Cette réappropriation ne signifie pas l’absence d’intervention extérieure, mais un repositionnement des parties au cœur du processus décisionnel. Elle permet, dans certains cas, de dépasser une logique strictement adversariale pour s’inscrire dans une dynamique plus constructive.

Elle constitue ainsi, dans le prolongement des développements qui précèdent, une voie permettant d’aborder le conflit non plus uniquement comme une difficulté à trancher, mais comme une situation à comprendre et, lorsque cela est possible, à résoudre de manière concertée.

 

  1. CONCLUSION

Le conflit n’est ni une anomalie, ni nécessairement une impasse. Il constitue avant tout une situation qui, selon la manière dont elle est abordée, peut conduire à une opposition durable ou, au contraire, ouvrir la voie à une compréhension mutuelle et à la recherche de solutions adaptées.

Comprendre les mécanismes du conflit, dépasser les positions, identifier les intérêts et les besoins ainsi que restaurer le dialogue constituent autant d’étapes essentielles pour en maîtriser l’évolution. Comme il est parfois justement relevé, « c’est la parole qui libère, pas le jugement ». Encore faut-il disposer des outils et des approches permettant de les mobiliser de manière pertinente.

Un conflit maîtrisé peut même devenir une opportunité : clarifier des attentes, renforcer des relations, ou innover dans la recherche de solutions. La médiation, en ce sens, est bien plus qu’un mode de résolution — c’est un levier de transformation.

 


OUVERTURE – UNE SÉRIE CONSACRÉE À LA MÉDIATION

Ce premier article s’inscrit dans une série de publications consacrées à la médiation.

Les prochains développements auront pour objet d’explorer plus en détail cette approche : sa définition, ses principes, son cadre juridique, ses modalités de mise en œuvre, ainsi que le rôle des différents acteurs - médiateur, parties et avocats -, ainsi que les situations dans lesquelles elle peut être mise en œuvre et les conditions de son efficacité, etc.

L’objectif sera d’en proposer une lecture à la fois pratique et structurée, afin d’en appréhender les apports, les limites et les conditions d’une utilisation pertinente dans la gestion des différends.

Une nouvelle publication sera proposée régulièrement.


 

Pour toute question ou pour toute assistance relative aux sujets abordés concernant la médiation, n’hésitez pas à contacter notre associé Pierre-Alexandre DEGEHET (pierre-alexandre.degehet@kleyrgrasso.com).

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